” Ceux qui aiment et qui sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n’est pas le désespoir: ils savent que l’amour existe. “
Albert Camus
Le roman, que ce soit d’amour ou de guerre, sentimental ou policier, populaire ou expérimental, fuit les définitions. Il invente ses règles. Il coule entre les doigts des créateurs du beau et déroute les gardes-frontières. A tel point que ces derniers ont refusé pendant longtemps d’accepter les romans dans le groupe sacré des belles-lettres, et dans le cercle de la littérature. Or, voici ce qu’écrit le romancier Furetière à l’article “Roman” de son dictionnaire :
“Maintenant il ne signifie que les livres fabuleux qui contiennent des Histoires d’amour et de Chevaleries, inventées pour divertir & occuper des fainéants.”1
Parmi tous les romans, les romans d’amour sont à la fois les plus appréciés et les plus pernicieux puisqu’ils prêchent aux jeunes gens – qui ont déjà tendance à le croire – que l’amour est la chose la plus importante de la vie. Mais, il est à savoir que cette sorte de roman représente l’amour, et son histoire est un perpétuel retour ; en d’autre terme, le roman d’amour n’est pas seulement un discours sur l’amour, c’est aussi la mise en scène d’une expérience de l’amour. Le discours peut s’enfermer dans les règles strictes et immuables de la rhétorique, l’expérience prend les couleurs toujours fraîches de l’unique, de la découverte et de la nouveauté.
Cette idée existe aussi que l’amour, c’est toujours pareil et identique en tout temps et en tout lieu : l’éternel masculin errant à la recherche de l’éternel féminin, la quête heureuse ou malheureuse de la moitié perdue chère à Aristophane dans Le Banquet de Platon.2 Mais qu’est-ce que vraiment l’amour ? Comment pourrions-nous définir le mystère de l’amour ? Pourquoi pas commencer par Odette, la défaite de Swann, dans le fameux Un amour de Swann, et passer ensuite à La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette ?
Avant de passer à l’étude de ces deux romans, il est nécessaire de dire qu’on distingue différentes formes d’amour. Le sentiment amoureux qui nous fait aimer une personne pour ses qualités morales et son apparence physique n’est
pas de même nature que l’amour d’une mère pour son enfant. L’amour du prochain s’étend à toute l’humanité. L’amour-propre est l’estime que l’on a pour soi-même. L’amour mystique est celui que le croyant éprouve pour Dieu. Quelle est la forme de l’amour qu’on rencontre chez Proust et Mme de Lafayette ?
On peut distinguer différentes formes d’amour. Le sentiment amoureux qui nous fait aimer une personne pour ses qualités morales et son apparence physique n’est pas de même nature que l’amour d’une mère pour son enfant. L’amour du prochain s’étend à toute l’humanité. L’amour-propre est l’estime que l’on a pour soi-même. L’amour mystique est celui que le croyant éprouve pour Dieu.
Il convient de distinguer les illusions des sens et les illusions intellectuelles. Les premières ont une origine physiologique. Les secondes ont pour fondement les désirs et les passions.
Descartes appelle “passions” toutes les affections de l’âme résultant de l’action du corps sur celle-ci.
I- La naissance de l’amour dans Un amour de Swann
Le premier volet du cycle romanesque de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu est intitulé Du côté de chez Swann, et est consacré aux souvenirs d’enfance du narrateur – personnage, très proche de l’auteur sans pourtant se confondre tout à fait avec lui. La partie centrale de ce premier temps de La Recherche, relate un épisode dont le protagoniste n’est pas le narrateur mais Swann, ami de la famille du narrateur.
L’histoire de Swann et d’Odette de Crécy, est une histoire d’amour, ou plutôt de jalousie, et est une occasion pour le romancier pour parler de lui à travers un autre personnage. Ce roman représente du moins l’amour tel que le concevait Marcel Proust. Toutes les situations d’amour, jalousie et méfiance qui entourent le couple Swann-Odette serviront comme une espèce de prélude à presque tous les rapports amoureux de la Recherche, notamment celui du protagoniste et d’Albertine.
Ce thème sera accompagné de scènes qui sont de vrais leitmotivs de la situation amoureuse-jalouse, comme celle de la “fenêtre éclairée” d’Odette, qui sera reprise dans La prisonnière, et lorsque le narrateur-héros aperçoit de la rue la fenêtre éclairée d’Albertine, signe à la fois de possession de l’aimée et de prison de l’amant. Néanmoins, cette scène fondatrice de Du côté de chez Swann avait été élaborée bien avant la composition de la Recherche.
Un Amour de Swann est un roman dans le roman. Il s’agit d’un récit qu’on peut comprendre sans connaître le reste de l’œuvre. Dans un sens, Un Amour de Swann, ne parle pas d’un souvenir vécu puis retrouvé. En plus, le récit n’est pas à la première mais à la troisième personne. Le narrateur raconte les événements qui ont eu lieu avant sa naissance. Tout de même, cette histoire a beaucoup de liens avec le reste de l’œuvre. D’un côté, le narrateur parle des ressemblances entre lui et Swann et de son intérêt pour lui. Puis l’amour que Swann éprouve pour Odette rend possible la continuité de la Recherche puisque leur fille Gilberte sera un des amours de Marcel dans la suite de l’œuvre et sa vie sera mêlée avec la vie du narrateur. Ce qui rattache Un amour à la Recherche ce sont les thèmes principaux de La recherche : le temps, la mémoire, la mémoire involontaire, le souvenir et l’oubli, le moi toujours changeant, l’art, la société et la peinture des mœurs, l’analyse psychologique de l’amour, surtout les intermittences du cœur. Il est donc possible de reconstruire la philosophie de Proust à partir de ce roman.
Un amour de Swann est, comme nous l’avons déjà dit, le roman de l’amour et de la jalousie. Dans ce roman, Proust a voulu décrire les différentes étapes, de la naissance à la mort, de l’amour d’un être, et préfigure ainsi La recherche toute entière. De cette manière, il est possible de distinguer la naissance de l’amour dans le cœur, le jeu de séduction, le passage à l’acte sexuel, la jalousie naissante, puis maladive, et enfin la disparition de l’amour. Donc, on peut dire que la relation entre Swann et Odette suit ce schéma précis.

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Selon Proust les femmes sont les protagonistes et les moteurs de la vie mondaine. Dans Un Amour de Swann on suit le développement de son amour pour Odette, une cocotte, appartenant à la société bourgeoise, mais on rencontre aussi les femmes qui sont en fonction de la peinture des mœurs et servent d’un prétexte pour la critique de la vie mondaine de l’aristocratie, la bourgeoisie et les domestiques.
Le monde de la bourgeoisie est introduit à travers Mme Verdurin et son petit noyau. Proust, en parlant de ce clan dit que les femmes sont plus rebelles et qu’il est plus difficile pour elles de déposer leur curiosité mondaine. Alors toutes les fidèles du sexe féminin sont rejetées.
Quant à Odette, le texte donne des indications contradictoires : cette femme appartient presque au demi-monde, et est présentée à Swann comme ” difficile “. Son portrait signale une ” grande beauté “, mais porte la marque de déception de Swann :
” […] Elle avait un profil trop accusé, la peau trop fragile […].”3
L’auteur s’attarde sur la description de la coiffure et des vêtements qui dissimulent le corps d’Odette, au point de le déformer et de le morceler. Voyons comment le romancier décrit Odette :
“[Odette]a l’air d’être composée de pièces différentes mal emmanchées les unes dans les autres. […]. “4
Ces descriptions nous font penser à une poupée ou à une figurine de mode. La représentation proposée est aussi trompeuse qu’incomplète, parce qu’elle efface un corps qui tient peu de place dans l’intérêt de Swann et suggère peut- être l’absence de personnalité. Femme du vêtement, Odette est aussi une femme de l’apparence.
Ces propos montrent aussi son peu de culture – elle ne connaît pas Vermeer de Delft5 : ce peintre hollandais (1632-1675), jusque-là méconnu, et dont l’existence reste très mystérieuse, fut redécouvert à la fin du XIXe siècle. Il occupe une place à part entière dans l’œuvre de Proust, qui fut l’un des premiers à célébrer ses toiles intimistes aux coloris subtils. En signe d’hommage, Proust fait mourir l’écrivain Bergotte devant la Vue de Delft qu’il jugeait ” le plus beau tableau du monde”. Attribuant à Swann une étude en cours sur Vermeer, Proust lui prête donc une des passions les plus vives. A part cela, Odette cherche à séduire.
Le lecteur constate rapidement qu’Odette a l’habitude des hommes. Elle a déjà été mariée à un noble : Pierre de Verjus, comte de Crécy, qu’elle a ruiné. Très jeune, à Nice et à Bade, elle a eu une sorte de notoriété galante qu’elle cache soigneusement. Au début, elle sent que Swann ne lui appartient pas encore. Elle a beau admirer son intelligence, vouloir être mêlée à ses travaux et jouer la petite phrase de Vinteuil au piano, Swann ne renonce pas à ses habitudes de célibataire. Proust montre ainsi le comportement de Swann au début envers Odette :

” […] Swann se disait que, s’il montrait à Odette (en consentant seulement à la retrouver après dîner) qu’il y avait des plaisirs qu’il préférait à celui d’être avec elle, le goût qu’elle ressentait pour lui ne connaîtrait pas de longtemps la satiété. […] “. ۶
Proust s’attache à décrire avec rigueur le développement du sentiment amoureux. L’amour est le mot de loin le plus employé par lui dans son œuvre. Il veut donner avec Un amour de Swann, une prodigieuse analyse de la passion entre Odette et Swann. Le romancier va tout intégrer dans son œuvre pour en faire un développement de la passion chez l’homme. Il expose au lecteur les joies, les réjouissances et les souffrances qu’entraîne l’état amoureux. Suite aux études, on peut distinguer deux phases : la cristallisation et la jalousie.
I-1 La cristallisation
Il nous semble que les conceptions amoureuses de Stendhal et Proust convergent, malgré quelques différences essentielles. Pour Stendhal, ce n’est pas l’angoisse le moteur de l’amour, mais l’espoir. Selon Stendhal :
” Il suffit d’un très petit degré d’espérance pour causer la naissance de l’amour. “7
Cependant, des éléments comme la jalousie, la cristallisation et l’idéalisation de la femme aimée sont des points communs entre les deux écrivains. Dans son œuvre intitulée De l’amour, Stendhal met en relief deux idées qui sont présentées sous la forme frappante et nouvelle d’une comparaison avec un phénomène physico-chimique: la cristallisation, qui est considérée comme l’aptitude de l’esprit amoureux à parer en imagination l’être aimé de toutes les qualités. Il expose sa définition de la cristallisation amoureuse. Un homme rencontre une femme et est ébloui par sa beauté. Comment tombe-t-il alors amoureux ? Stendhal explique ainsi :
” La première cristallisation commence. On se plaît à orner de mille perfections une femme de l’amour de laquelle on est sûr ; on se détaille tout son bonheur avec une complaisance infinie. Cela se réduit à s’exagérer une propriété superbe, qui vient de nous tomber du ciel, que l’on ne connaît pas, et de la possession de laquelle on est assuré. Laissez travailler la tête d’un amant pendant vingt-quatre heures, et voici ce que vous trouverez. Aux mines de sel de Salzbourg, on jette dans les profondeurs abandonnées de la mine un rameau d’arbre effeuillé par l’hiver ; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes : les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d’une mésange, sont garnies d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants ; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif. Ce que j’appelle cristallisation, c’est l’opération de l’esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l’objet aimé à de nouvelles perfections. ” 8
Nous voyons qu’il emprunte la comparaison aux rameaux d’arbres plongés dans les mines de sel de Salzbourg. Pour mieux saisir les explications de Stendhal, nous allons étudier en détails les deux idées qu’il a présentées dans ses propos :
La première idée peut être expliquée ainsi qu’aimer, c’est doter de perfections. Nous avons vu que Stendhal prétend :
“Ce que j’appelle cristallisation, c’est l’opération de l’esprit qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l’objet aimé a ce nouvelles perfections”.9
La seconde idée revient à dire que l’attribution de ces perfections est due au travail de l’imagination. L’intérêt de l’analyse de Stendhal, c’est de montrer comment l’imagination joue à partir d’associations souvent fortuites, fruits de hasards et de coïncidences.
Alors, le travail de la passion crée une illusion, ou plutôt une auto-illusion (donc une mystification) de l’être aimé par l’amoureux : la femme réelle n’existe plus, seul existe l’être parfait pour l’amoureux. Stendhal affirme que l’amoureux crée son objet (la femme aimée) à partir d’une réalité, certes, mais d’une telle manière que la femme réelle est transfigurée par la passion. C’est aussi la cristallisation qui rend incommunicable la passion des autres : l’amour crée atour de l’aimé un halo que seul l’amoureux voit et comprend.
On peut ainsi résumer que grâce à la cristallisation, Stendhal a mis au jour ce grand mécanisme qui agite le cœur sans forcément que l’homme se contrôle lui-même. Telle est donc la fameuse cristallisation stendhalienne; un processus par lequel un être en lui-même insignifiant, banal et prosaïque, va se trouver magnifié à l’instar du rameau d’arbre effeuillé que les mineurs de Salzbourg jetaient dans la mine de sel pour le retrouver quelques mois plus tard “tout couvert de cristallisations brillantes”.10
Toujours centré sur le travail de l’imagination, on peut ajouter que les travaux de la psychanalyse classique nous permettraient d’aller plus loin. En psychanalyse on parlera de fantasmes pour désigner de telles productions de l’imagination. Travail de l’imagination qui fait intervenir le mécanisme de projection, par lequel on met de soi-même dans autrui.

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